Gouvernement et société urbaine

En 1180-1181, les habitants de Châteauneuf, le noyau urbain occidental de Tours, réussirent à obtenir du roi de France Philippe Auguste l’autorisation officielle d’élire un conseil de dix hommes sages (les prud’hommes), ce qui impliquait une autonomie administrative de la communauté urbaine.
La guerre de Cent Ans et la nécessité de défendre la ville contre les troupes anglaises offrirent de nouvelles possibilités d’obtenir davantage de privilèges urbains. Il était urgent de construire de nouveaux remparts afin de protéger Châteauneuf ainsi que le deuxième centre urbain, les Arcis près de la cathédrale Saint-Gatien. Le 30 mars 1356, le roi de France Jean II le Bon accorda aux habitants le droit d’avoir un conseil de six, et plus tard de deux hommes (les élus), représentant les deux centres, disposant du pouvoir de prélever des impôts pour la construction des murs de la ville et pour la gestion du budget urbain.
Au cours des années suivantes, la ville réussit à obtenir davantage de libertés et de privilèges des rois de France. À partir de 1417, le conseil de la ville se composait d’une commission de douze hommes représentant la population urbaine et les clercs. Afin de loger l’administration urbaine et de disposer d’un lieu de réunion pour le conseil, deux maisons de la Grand’Rue à proximité du marché aux draps furent achetées en 1467 (actuellement situées à l’emplacement des 84 et 86 rue du Commerce). Côté rue, l’hôtel de ville ressemblait à deux maisons urbaines, mais l’espace derrière la façade était assez grand et comportait une vaste salle de réunion au premier étage. Le conseil municipal prélevait des impôts, tenait une administration détaillée et gérait toutes sortes d’activités, comme la construction des murs de la ville, la défense de la ville, la justice locale, le financement de sermons et d’une école latine.
La présence de la cour royale à Tours offrait à la population urbaine de nombreuses possibilités d’ascension sociale. Grâce à leurs contacts personnels avec les rois, quelques riches marchands ont réussi à obtenir des postes importants dans le gouvernement et l’administration financière du royaume. La présence royale permettait également aux artisans de se spécialiser dans les objets de luxe pour une clientèle aisée, tels que harnais, bourses en soie, livres richement décorés ou bas multicolores en velours de soie. Lors de fouilles archéologiques en 2002 près des berges de la Loire, des ciseaux de la fin du Moyen Âge, un chapeau, des chaussures en cuir et des morceaux de textile pour bas ont été retrouvés dans une ancienne fosse à ordures.
Sceau en cire de la ville de Tours (1499)

L’utilisation d’un sceau était considérée comme une signature officielle et son usage impliquait que la ville était une entité juridique. Au cours des siècles, la mairie de Tours a utilisé plusieurs sceaux différents. Cet exemple datant de 1499 représente une tour fortifiée, indiquant à la fois la forte défense de la ville et une référence au nom de Tours. Les fleurs de lys héraldiques flanquant la tour représentent l’identité royale de la ville.
État du guet de 1465

Afin de protéger la ville de Tours, il fallait être constamment aux aguets depuis les remparts. Même après la fin officielle de la guerre de Cent Ans, des compagnies d’anciens soldats représentaient une menace permanente. La ronde de nuit sur les remparts était organisée par le conseil de la ville qui publiait les listes des noms des hommes en service (essentiellement des artisans) ainsi que leur position sur les remparts. On retrouve une de ces listes – datant de 1465 – dans les Comptes Rendus du conseil de la ville. Contenant près de 900 noms, elle offre une image exceptionnelle des artisans de la ville et de leurs métiers. Y figurent le célèbre peintre Jean Fouquet, ainsi qu’une trentaine de chaussetiers, fabricants de bas.
Margriet Hoogvliet
Références:
David Rivaud, “État du guet à Tours en 1465 : présentation du document et analyse sociale”, Online publication: http://renumar.univ-tours.fr/publication/etat-du-guet-a-tours-en-1465-presentation-du-document-et-analyse-sociale/
Bernard Chevalier, Tours, ville royale (1356-1520): origine et développement d’une capitale à la fin du Moyen âge, Leuven, Nauwelaerts, 1975
Hélène Noizet, La fabrique de la ville : espaces et sociétés à Tours (IXe-XIIIe siècle), Paris, Publications de la Sorbonne, 2007.
Henri Galinié, ed., Tours antique et médiéval. Lieux de vie, temps de ville. 40 ans d’archéologie urbaine, Tours, FERACF, 2007.
Jean-Luc Porhel, « Aménagement et décor du premier hôtel de ville de Tours, autour de 1500 », Marion Boudon-Machuel, Pascale Charron, réd., Art et société à Tours au début de la Renaissance, Turnhout, Brepols, 2017, pp. 29-39.
